Histoire complète des banques en Suisse

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Voici une histoire “complète” (au sens : continue, structurée, jusqu’aux enjeux actuels) des banques en Suisse : comment on passe de maisons de négoce et banquiers privés à une place financière mondiale, puis à une phase de re-régulation après 2008 et surtout après la disparition de Credit Suisse.

1) Les origines : commerce, change et banquiers privés (XVIIe–XVIIIe)

La banque suisse naît d’abord comme un service au commerce : change de monnaies, lettres de change, financement d’expéditions, conservation d’avoirs.
Au XVIIIe siècle, Genève devient un foyer majeur de banquiers privés (familles, partenariats), en lien avec sa position européenne, ses réseaux et sa stabilité relative.

Idée-clé : au départ, la banque suisse n’est pas “un système”, mais un réseau de maisons solides, très orientées confiance, discrétion, réputation.

2) XIXe siècle : la Suisse moderne crée ses banques “industrielles” et cantonnales

Avec l’industrialisation, les chemins de fer, l’essor des entreprises et du commerce, la Suisse a besoin d’institutions capables de financer “gros” et “long”.

Deux dynamiques structurent le paysage :

  • Les grandes banques de financement (ancêtres des banques universelles modernes) : par exemple la Schweizerische Kreditanstalt fondée en 1856 (future Credit Suisse), créée pour soutenir le développement économique (notamment ferroviaire).
  • Les banques cantonales (et caisses d’épargne régionales) : elles apparaissent au XIXe siècle pour soutenir l’économie locale, l’épargne et le crédit de proximité, souvent avec un mandat public/para-public.

Idée-clé : la Suisse installe une architecture à deux étages :
(1) proximité (cantonal / régional) + (2) financement national/international (grandes banques).

3) 1907 : naissance de la Banque nationale suisse (BNS)

La création de la BNS en 1907 est un tournant : elle ancre une banque centrale moderne, stabilise le cadre monétaire et pèse durablement sur la politique économique suisse.

Idée-clé : la place bancaire n’est plus seulement “des banques”, c’est un système avec banque centrale.

4) Entre-deux-guerres : crises, supervision, et la loi bancaire de 1934

Les années 1930 secouent l’Europe financière. En Suisse, l’État renforce le cadre : la Loi fédérale sur les banques (souvent appelée “Swiss Banking Act”) est adoptée en 1934 (entrée en vigueur en 1935).

Dans l’imaginaire collectif, cette période solidifie deux éléments :

  • la surveillance (prudential supervision),
  • et la confidentialité bancaire comme élément central (avec des évolutions ensuite).

Idée-clé : la Suisse formalise une “marque” : stabilité + cadre légal + confidentialité.

5) 1945–années 1980 : l’âge d’or de la place financière (private banking, internationalisation)

Après 1945, la Suisse profite :

  • de sa stabilité,
  • de la demande internationale en gestion de fortune,
  • de la croissance du commerce mondial.

Les banques suisses deviennent très fortes en :

  • gestion de fortune (private banking),
  • banque universelle (crédit + investissements + marchés),
  • services transfrontaliers.

C’est aussi l’époque où la place suisse se “spécialise” : compétences patrimoniales, ingénierie financière, services multidevises.

6) Années 1990–2000 : consolidation et “champions” globaux

La logique mondiale pousse à la taille critique. Exemple emblématique : UBS AG naît en 1998 de la fusion de l’Union de Banques Suisses et de la Société de Banque Suisse.

Le modèle dominant devient :

  • gestion de fortune +
  • banque d’investissement +
  • présence internationale.

7) 2008–2013 : la crise financière et le retour du risque systémique

La crise de 2008 change la donne : elle révèle qu’une grande banque peut menacer tout l’écosystème. UBS est stabilisée via un dispositif impliquant la BNS (notamment un fonds de stabilisation, “StabFund”) et un soutien fédéral de capital, présenté ensuite comme n’ayant pas coûté aux contribuables.

Idée-clé : la Suisse prend de plein fouet la question “too big to fail”.

8) 2009 : FINMA et la supervision intégrée moderne

La surveillance se modernise : FINMA (autorité intégrée) est mise en place à partir de ses institutions prédécesseures, avec un mandat de supervision des banques et des marchés financiers.

9) Années 2010 : pression internationale, transparence fiscale, AML plus strict

Sans rentrer dans le débat politique, la tendance est nette :

  • montée des exigences de conformité (lutte anti-blanchiment, gouvernance, risques),
  • pression accrue autour de la coopération fiscale et des données,
  • transformation du modèle de certaines activités transfrontalières.

Idée-clé : la “confiance” ne suffit plus ; il faut de la traçabilité.

10) Années 2020 : fintech, plateformes, et restructuration du secteur

Le paysage s’élargit : néobanques, fintech, banques spécialisées, plateformes d’investissement. En parallèle, les banques traditionnelles investissent massivement en IT, cybersécurité, KYC/AML.

11) 2023–2025 : fin de Credit Suisse et reconfiguration historique

En mars 2023, UBS accepte de racheter Credit Suisse dans une opération orchestrée en urgence, avec soutien de liquidité par la BNS et mesures étatiques.
En 2024, les étapes juridiques de fusion progressent (au niveau groupe puis en Suisse) et la migration des clients/transactions est planifiée de manière graduelle sur 2025.

Conséquence : la Suisse se retrouve avec un seul “grand” champion global, ce qui relance fortement :

  • la question de la concurrence,
  • la concentration des risques,
  • et les exigences de capital et de gouvernance.

12) Où en est la Suisse bancaire “aujourd’hui” (fin 2025) : le modèle en 3 blocs

  1. Le très grand acteur global (UBS), sous surveillance renforcée et débat politique sur le “too big to fail”.
  2. Le socle domestique : banques cantonales, Raiffeisen/coops, banques régionales, qui assurent une partie clé du crédit et de l’épargne.
  3. La gestion de fortune et la spécialisation : maisons privées, acteurs de niche, et offres hybrides (banque + technologie).

Si vous voulez, je peux vous le faire en “chapitres” ultra complets

  • Histoire des banques cantonales (rôle public, garantie, crédit immobilier/PME, place dans chaque canton)
  • Private banking genevois (banquiers privés, partenariats, évolution du secret à la conformité)
  • UBS / ex-Credit Suisse : chronologie détaillée 1856 → 2025
  • Régulation : 1934 → FINMA → too big to fail → réformes post-2023